Féminisme, décolonisation et sexualité

La recherche féministe a démontré que le contrôle du corps des femmes est un des premiers symptômes du patriarcat.

Corps et patriarcat

C’est notamment à travers le contrôle des corps que le groupe social « hommes » exerce un pouvoir, une domination et une oppression sur les femmes. De manière générale, ce contrôle peut être direct et interpersonnel (violences physiques, restriction voire interdiction de mouvements, imposition ou interdiction de certains vêtements etc.) tout comme il peut être indirect et social (injonctions sociétales, représentations et imaginaire
social, culturel, etc.)

A écouter, un extrait de notre interview de Alicia à propos du féminisme…



Contrôle de la sexualité

Lorsqu’il s’agit du contrôle du corps des femmes, leur sexualité devient un enjeu fondamental. De nombreuses violences, pressions, injonctions sont liées à celle-ci, et les femmes n’en jouissent souvent pas librement.

Quelques exemples?

  • Dans de nombreuses sociétés, la maternité est idéalisée et présentée comme étant LA source de bonheur pour les femmes. En véhiculant cet imaginaire, ce sont uniquement les relations hétérosexuelles, à visée reproductive qui sont valorisées et encouragées.
  • Interdire la contraception aux femmes et criminaliser l’avortement revient à confisquer l’autonomie de la fonction reproductive des femmes et à mettre leur vie en danger lorsque ces avortements sont exercés clandestinement.
  • Contrairement au plaisir/désir des hommes, ces deux termes sont souvent présentés comme « déplacés », « sales » voire « inexistants » lorsqu’ils touchent aux femmes. Un des résultats de cet imaginaire est par exemple la méconnaissance du clitoris, organe uniquement dédié au plaisir.
  • La sexualité n’est pas l’objet des femmes, mais appartient à la famille – voire à la société. Les femmes n’ont souvent pas le droit d’être libres, sous peine de se voir traiter de tous les noms, voire d’entacher l’honneur et la réputation de leur famille.
  • Intimement lié à l’honneur, la virginité d’une femme est sensée témoigner de sa « bonne » conduite et de son innocence. Les connaissances sur la « virginité », et par extension l’hymen, sont très souvent méconnues des femmes elles-mêmes.

Injonctions contradictoires

Fatima Khemilat rappelle que le rapport au corps des femmes – originaires – du monde arabes est constitué d’énormément d’injonctions contradictoires. D’une part, les injonctions liées à la communauté dans laquelle elles s’inscrivent et d’autre part, elles expérimentent les injonctions liées à l’hypersexualisation faites par la société dominante dans laquelle elles vivent et sont minorisées. On vend aux femmes l’idée que leur ressource première est leur corps.

Orientalisme et représentation de l’Autre

Lorsque le sujet du corps féminin est abordé, il n’est pas possible de passer outre le phénomène de la colonisation. En effet, cette période a durablement marqué l’image du
corps des femmes dites racisées. Dès le 15ième siècle, la colonisation est placée sous le sigle des trois C : civilisation, chrétienté et commerce. C’est notamment en voulant apporter la « civilisation » aux pays colonisés que les colons ont imposé une idéologie raciste qui a créé et hiérarchisé les races humaines. Coloniser un territoire ne passe pas uniquement par l’invasion militaire, elle passe également par la maîtrise des corps des femmes indigènes. Le sociologue Edward Saïd explicite cette tendance à construire et représenter l’Autre comme étant l’opposé de l’Occident par un concept qu’il appelle « l’orientalisme ». En matière de sexualité, l’imaginaire collectif est toujours chargé de représentations datant de l’ère coloniale. Les femmes du monde arabe ont longtemps étaient représentées comme des femmes lascives et sexuellement disponibles, devant être libérées du joug de leur mari violent et oppressif.

Eugène Delacroix et son goût pour l’orientalisme, dans La Mort de Sardanapale (1827)© Wikipedia

Décoloniser les corps

Les répercussions actuelles de l’époque coloniale sont encore bien présentes dans nos sociétés. La politologue Fatima Khemilat plaide pour une décolonisation de la sexualité des femmes. Pour elle, les fantasmes sont aujourd’hui encore colonisés par l’imaginaire orientaliste. Ceci fait de la sexualité un terrain de lutte majeur dans les combats féministes. En effet, c’est dans la chambre à coucher que se jouent les rapports de pouvoir et de domination. La clé pour sortir de cette situation est ainsi de décoloniser la sexualité, mais également d’apprendre aux femmes à posséder leur sexualité, à se détacher d’une sexualité hétérocentrée définie par le seul plaisir masculin. Fatima Khemilat cherche à détruire l’idée selon laquelle une femme doit être désirable sans être désirante. C’est aux femmes de reprendre le contrôle sur leur sexualité et ses frontières, et ce, dans une logique proactive. Elle prône et propose donc une éducation sexuelle à destination des
femmes avec la spécificité d’être aussi bien pudique que révolutionnaire, anti-raciste et anti-sexiste.

Sources :

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